L'atelier d'écriture n°192 de Leiloona : Des souvenirs...

Publié le par victor

L'atelier d'écriture n°192 de Leiloona : Des souvenirs...

Quand je rentre dans cette vieille bâtisse délabrée, c'est un sentiment de victoire qui m'envahit. Le sentiment d'avoir atteint mon but. Le sentiment d'avoir été envoyé sur Terre juste dans cet objectif de voir cet endroit.

Alors que je traverse les vestige s, les poutres de bois, les pans de mur effondrés, les bouts de verres qui jonchent le sol, une impression très étrange s'empare de moi. L'impression d'être chez moi, l'impression de ne pas être étranger à ce lieu. L'impression que ces murs m'ont regardé grandir. L'impression d'avoir cet endroit en moi. L'impression d'avoir vécu ici. Cette impression accroit lorsque je m'approche des fenêtres. Ce terrain... Ce terrain j'y ai joué... Les plantes toujours plus gourmandes commencent à envahir les rebords de fenêtre. Je suis déjà venu ici, je suis déjà venu ici, je suis déjà venu...

Lorsque j'arrive dans la pièce principale, le souffle me manque déjà. C'est là que je La vois. Cette espèce de fleur noire mal dessinée. La seule image dont je me souvienne. Ça me fait l'effet d'un coup de poignard. Ma cage thoracique est comprimée et j'arrête de respirer. Je m'approche du graffiti. Lorsque je l'effleure, un frisson me parcours de long en large. Puis soudain, je bloque ma respiration et ferme les yeux. Toutes les imagines que j'ai oubliées remontent en moi comme si le bouchon qui les retenait jusque là venait de sauter. C'est une plongée en apnée dans un océan de souvenirs. Je vois les scènes de Noël, les anniversaires, les récitations de poésie, les rires, les pleurs... Toutes les paroles, tous les gestes imprégnés dans ce lieu me reviennent en mémoire. Je me vois, avec ma coupe au bol et mes yeux rieurs coller des poissons d'avril dans le dos de ma mère. Je vois ma mère rigoler avec mon père après une blague sous-entendue qu'eux seuls peuvent comprendre. Je me vois regarder ma soeur avec des yeux ébahis l'air de dire qu'ils étaient devenus fous. Je vois ma mère pleurer et vomir quand elle apprend la mort de mon père suite à une rupture d'anévrisme. Je nous vois, ma sœur et moi, impuissants face à ce chagrin si profond. Je vois ma mère en train de dessiner des marguerites partout dans la maison. Je nous vois ma sœur et moi tenter de les effacer. Je vois ma mère se défenestrer. Tant de tristesse habite ma maison d'enfance.

Je me rends compte en voyant ma soeur suivre mes parents dans la mort que je suis le seul survivant de cette famille. Je me demande comment j'ai fait pour survivre. Tout ce quoi je tenais est détruit ou mort. Ce lieu lugubre et morbide est empli d'un sentiment de désespoir. Alors, je prends une allumette, de l'essence, je laisse toute mon ancienne vie partir en fumer et je tourne les talons.

Publié dans écriture

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titi 21/10/2015 13:59

J'ai beaucoup aimé la fin.c'est beau comme histoire même si c'est un peu dure.

Leiloona 19/10/2015 23:33

Un instant j'ai cru que le personnage allait rester dedans ! :-o

Nady 19/10/2015 23:08

Woooh !! Un texte très dur où on se plait à voir l'envie d'avancer de ton héros ! Merci pour la lueur d'espoir de ta conclusion.
" C'est une plongée en apnée dans un océan de souvenirs." : j'ai adoré ;)

Albertine 19/10/2015 13:06

Le feu, ici, est libérateur ! Un texte noir mais qui laisse une fin ouverte pour l'espoir...

victor 19/10/2015 19:45

Parce que l'espoir existe toujours !

Victoire3 19/10/2015 11:32

Wouah. Ton texte... Bravo. Je suis ravie de t'avoir rencontré Victor.

victor 19/10/2015 19:46

Merci beaucoup Victoire ! Je suis très heureux également d'avoir fait ta connaissance !