L'atelier d'écriture n°236 de Leiloona : Une bouée de sauvetage dans un monde noyé par la violence...

Publié le par victor

(c) Romaric Cazaux

(c) Romaric Cazaux

Thomas s'assoit, le cul sur le dossier du banc, les pieds posés là « où une personne ayant un minimum de savoir-vivre se serait assise » comme le dit si bien son père, avant qu'un nouveau déluge de coups ne s'abatte sur son visage. Thomas n'aime pas songer à ces moments de pure violence, mais il ne peut se soustraire au courant de sa pensée, alors il se souvient, bien malgré lui.  Au début, le jeune homme essayait de résister, il criait, d'abord pour qu'on l'entende, puis pour la forme, vague tentative pour invoquer le peu de pitié que serait capable d'éprouver son géniteur alcoolo. Sans succès. Maintenant, il se tait, et attend. Il attend quoi me direz-vous ? Eh bien... Le jour où il prendra le dessus sur son paternel, le jour où il pourra se venger des insultes, des crachats, des coups. Il en ricanerait presque, le bougre. Alors, pour bien emmerder son patriarche, il tourne mal. Le jeune garçon enchaîne les paquets de clopes et les bières comme Hulk enchaîne les coups sur Loki dans le film Avengers. Il est mauvais en cours, teigneux, belliqueux, et fait tout pour être exclu de son lycée. Thomas en quelques chiffres, c'est quarante-cinq heures de colles l'année dernière, un renvoi temporaire puis définitif, vingt-et-une heures de colles cette année... Tous ses efforts dans un seul but, humilier l'ivrogne qui lui sert de père. L'adolescent relève la tête, la bascule en arrière, racle sa gorge dans un bruit répugnant, puis crache un gros mollard sur les pavés situés devant son banc. Dans un soupir, il fouille dans sa poche jusqu'à dégoter sa paire d'écouteurs, les enfile, et balance à pleine puissance ses musiques vulgaires et sauvages. Téléchargés illégalement, évidemment. Puis le jeune garçon prend le temps d’observer le monde qui défile devant ses yeux embués par l'alcool. Cette petite fille qui boude au milieu de  la place, sûrement pour obtenir ce qu'elle désire auprès de ses parents. Ce groupe de touristes venu à Paris le temps d'une semaine pour voir la capitale et ses monuments emblématiques. Ces autres touristes, qui s'accordent une petite pause bien méritée après une longue marche au coeur de Paris. Derrière ses airs de kaïras, Thomas aime réinventer les vies de gens, seul sur ce banc, sur son banc. Un message simple, court vient percer cette bulle de pseudo-bonheur qui entoure Thomas, et que seul cet endroit est capable de créer. C'est un peu son refuge, en quelque sorte. Une bouée de sauvetage dans un monde noyé par la violence. Mais ce sms va le faire chavirer, il le sait. Thomas lâche un juron, saute de son banc, et commence à faire le chemin du retour, sans prendre la peine de répondre au "Rentre" envoyé par son géniteur, quelques minutes plus tôt.

Publié dans écriture

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Nady 23/10/2016 17:34

Un texte fort poignant et triste. Ta plume a été parfaite dans cette histoire sur fond de violences. Bravo !

Mylene 22/10/2016 07:39

une très jolie histoire que j'ai pris plaisir à lire :) je trouve toujours marrant la manière dont chacun y voit quelque chose de très différent !

Pierre 20/10/2016 11:26

Au-début, j'ai pensé que tu écrivais selon le point de vue d'un personnage fictif et hors champs, mais en regardant attentivement la photo, j'ai vu Thomas seul sur le banc. C'est une idée originale pour cette photo. Pour ce qui est de Thomas, je crois effectivement qu'il prendra sa revanche contre son père un jour et il est fort possible, malheureusement, qu'il répèete également ces comportements.

Adrienne 19/10/2016 21:20

aïe! terrible! ça fait mal, ce texte... on le ressent très fort, le mal-être de ce garçon, et toute la violence qu'il vit.
Terrible!
(bien écrit, donc...)

L'ivresse littéraire 17/10/2016 19:54

Quelle dureté ! Je suis du même avis que Sabine et Albertine : saisissant ! Bravo pour ce texte empreint d'une grande force.